Hommage à Jean-Jacques BARBAUX Discours de Gilles PIRMAN, Directeur de Cabinet du Président du Département de Seine-et-Marne

Tu citais souvent ta grand-mère : « Gamin, quand tu fais envie tout va bien, tu t’inquiéteras quand tu feras pitié ».
Ton parcours professionnel, ton parcours politique, l’amour de ta famille laissent penser que ta vie bien remplie a été (avec ses à-coups et ses virages difficiles), malgré tout, une belle vie : généreuse et fructueuse.
Sous le Barbaux de la surface, il y avait le Jean-Jacques, plus profond. Forgé par l’internat « non mixte » - tu semblais déplorer ce léger détail-. Forgé dans les froidures du Jura, dans le profond respect de l’engagement familial dans la Résistance et pour tous ceux qui y sont tombés.
Tu t’es aussi façonné dans la révérence pour le Général de Gaulle, l’admiration pour Alain Peyrefitte, l’affection pour Jacques Chirac.
Et puis il y a l’homme, le mari, le père, le grand-père - je pense pouvoir le dire- attentif et aimant.
Et puisque je parle de sentiments, vous m’autoriserez à évoquer son amour pour Seine-et-Marne, pour son Département. Pour le Département il aura même laissé filer ses ambitions sénatoriales pour œuvrer, pour construire, pour défendre bec et ongles l’institution, bien sûr, mais les gens, surtout ! Comme l’a rappelé Jean-Louis Thieriot, tu as aimé conduire cette équipe. Je sais que tu l’as conduite sans avarice pour l’exigence, mais sans retenue pour la bienveillance. C’était tout à la fois et "sans supplément", autre expression qui revenait souvent dans tes paroles. Tu appréciais, je cite "que l’on se frotte les idées dans le respect de chacun".
Pas toujours à l’aise avec les grands, plein de sollicitudes avec les plus humbles, tu étais un homme pressé mais qui savait, chaque fois qu’il le fallait, prendre le temps.
Il y avait chez toi, en réalité, plus de ferveur que de fermeté et plus d’attachement à la vision qu’à la visibilité : « en fait Gilles il y a ceux qui ont la vista et il y a les autres », autre phrase souvent répétée.
Tu aimais à dire aussi qu’il fallait savoir se souvenir d’où l’on vient pour mieux savoir où l’on va. Si le mot humanisme était pour toi chargé de valeurs, il y avait en toi de l’humanité et de l’humilité.
Et puis en surface, il y avait le patron, le maire, le président, celui qui aime chasser en meute (on est gaulliste ou on ne l’est pas). De l’historiographie chiraquienne, j’extrairais un mot qui pourrait bien te convenir : bulldozer.
Ce n’est pas ce qu’il y a de plus fin, ce n’est pas ce qu’il y a de plus silencieux, ce n’est pas ce qu’il y a de moins gourmand : mais l’essentiel est dans le résultat ! Ça pousse, ça déblaye, ça aplanit, ça avance, ça rend possible ce qui est nécessaire. C’est indispensable pour fabriquer des routes. Les bulldozers, on y revient, ça sert aussi à construire. Et ils ont été nombreux, les seine-et-marnais à marcher derrière ce bulldozer, en si peu de temps.
Jean-Jacques aura été un homme d’épaisseur, au propre comme au figuré. Au début du mandat je m’étais fixé comme objectif personnel de faire, qu’au plus vite, les décisions importantes pour la Seine-et-Marne se prennent dans la salle à manger qui jouxte son bureau. Honnêtement, je ne pensais pas que je passerai autant de temps dans cette salle à manger ! Et puis à côté de la salle à manger, il y a une petite cuisine : on savait donc où te retrouver quand tu lâchais tes dossiers.
Mais derrière l’épaisseur et le verbe haut, derrière la truculence, j’ai, aussi vu, souvent l’homme sensible. Celui qui écrase ses sanglots pour parler de celles ou ceux qui souffrent ou qui ne sont plus. Jean-Jacques assumait ses coups de gueule et il assumait aussi ses coups de cœur. Son aile tendue sur les sujets de de l’enfance, de la jeunesse, du handicap ou encore de l’éducation m’en a souvent donné la preuve.
Je ne sais pas ce que tu aurais aimé qu’on dise, un jour comme aujourd’hui. Fidèle ? loyal ? énergique ? accessible ? On n’a pas le temps, on a plus le temps, d’engager le débat. A cet instant, je me souviens d’une chanson à la mode, il y a quelques années, dont le titre était « Juste quelqu’un de bien ».
Ah, Jean-Jacques tu vas nous manquer ! Tu vas manquer à ta famille, à tes amis, tu vas manquer à la République. Tous, tu les chérissais. Tu t’es arrêté sans prévenir, c’est brutal pour ceux qui t’aiment, c’est mieux pour un homme d’action. On m’a demandé si tu étais malade, si des signes avaient précédé ce départ inattendu, si tu étais fatigué.
Oui, Jean-Jacques, tu étais fatigué ! Tu t’es donné sans compter, additionnant la lourde charge publique à ta vie d’homme. Tu étais fatigué, mais tu t’en moquais bien.
Je ne t’ai jamais demandé si tu connaissais ce vieux texte de Robert Lamoureux ?

« La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste,
C’est le prix d’une journée d’efforts et de lutte.
C’est le prix d’un labeur, d’un mur ou d’un exploit,
Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit.
C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie,
C’est la preuve, Monsieur, qu’on vit avec la vie.
On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit !
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ?
Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s’est fait responsable,
Savoir qu’on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain,
Savoir qu’on est le chef, savoir qu’on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s’en user le cœur. »

Tu as vécu la vie que tu as voulu vivre Jean-Jacques. Et tu l’as beaucoup aimée.
A Laurence, à ta famille, à celles et ceux qui pleurent et à qui tu manques déjà, je voudrais dire que demain il y aura bien plus fort que la peine de t’avoir quitté, c’est la chance de t’avoir connu.